Shibuya-Kei – Partie1 : hipster before it was cool

Nous sommes en 1990 et les charts nippones sont envahies par le Beiijun-Kei, nom désignant un ensemble de groupes issues de l’agence artistique Being et avec en tête de gondole le groupe B’z, futur recordman des ventes d’albums au japon.

Si les B’z ne sont pas ce que la culture mainstream a produit de pire, leur son de l’époque est assez proche des openings des années 90, léger et entraînant mais aussi pas loin de la soupe avec un bon vieux synthétiseur dans l’air du temps.


Taiyō no Komachi Angel premier gros tube des B’z extrait de leur 3eme album Break Through

C’est dans cette atmosphère de pantalon en cuir et santiags que les médias nippons découvrent qu’une petite partie des groupes arrivant a ce hisser dans le top 50 nippon, l’Oricon chart, réalisaient la majeur partie de leur ventes seulement chez quelques disquaire de Shibuya, l’arrondissement branché de Tokyo, et sans passer par les plateaux télé.
En effet, une partie de la jeunesse branché et anti-mainstream, avait désigné pour porte drapeaux les Flipper’s Guitar
Leur style soigné ainsi que celui des Pizzicato Five, inspiré de la nouvelle vague française, servi de modèle pour le style vestimentaire qui accompagnait le mouvement.
Le nom de Shibuya-Kei, le style de Shibuya, était tout trouvé

À cette époque, il est difficile de définir un son précis pour le Shibuya-Kei, les uns s’inspirant plutôt de la pop anglo-saxonne, les autres de Gainsbourg ou des yéyés. Mais ces groupes avaient pour point commun de tirer leurs influences majoritairement de la musique européenne contrairement à la J-pop dite mainstream qui s’était façonnée autours du modèle américain depuis 40 ans.
Si Shibuya est le centre névralgique de la mode c’est aussi un repaire de disquaires , des grandes enseignes aux nombreuses petites boutiques spécialisée dans des styles plus ou moins obscures il était assez naturel de voir ce type mouvement émerger là-bas.

Le groupe Flipper’s Guitar reste encore aujourd’hui l’icone du Shibuya-Kei malgré sa courte existence et son style assez éloigné de celui que définiront les Pizzicato 5 quelques années plus tard.
Fondé en 1989 le groupe à pour leaders les deux chanteurs/ guitaristes Kenji Ozawa et Keigo Oyamada

Ozawa à gauche et Oyamada à droite qui deviendra bientôt Cornelius.


Summer beauty 1990 extrait de leur second album Camera Talk

Le groupe connait une ascension fulgurante au moment de la création médiatique du Shibuya-Kei et multiplie les plateaux télés enchaînant également les provocations vis à vis de ce qu’ils considéraient comme la culture mainstream japonaise.

Lors de la remise d’un prix télévisé de jeune talent, le batteur s’exclama qu’il était impatient de l’apprendre à sa mère qui vivait toujours à la campagne et quand le maître de cérémonie lui demanda d’ou il venait il répondit… Tokyo. The hipstering is over 9000

Nous sommes en 1991 et avec 3 albums en 2 ans les Flipper’s Guitar  et le mouvement Shibuya-Kei on rentré le pied dans les medias mainstream et c’est pourtant a ce moment là que les journaux annonces leur séparation sans plus d’explication. Ils en seraient en fait  venu aux mains a cause d’un amour commun pour une idol de l’époque.

Kenji Ozawa, le diplomé de Todaï, quitta le monde de l’indé pour tenter une percée dans le mainstream sans grand succès mais c’est  Keigo Oyamada qui nous intéresse ici
il changea de nom pour celui de Cornelius, en référence au singe savant de la planète des singes, et commença une carrière solo ainsi qu’une carrière de producteur.


Moon Walk et girl meets cassette – extrait du second album de Cornelius 69~96

Son parcours sera intimement lié à celui des pizzicato 5, l’autre groupe marquant du Shibuya-Kei

Fondé au début des années 80, il connu de nombreuse arrivées et départ  jusqu’à sa séparation en 2001, mais c’est sous la forme du Trio formé par les deux membres fondateurs  Yasuharu Konishi et K-Taro Takanami  ainsi que de la chanteuse fraîchement arrivée Maki Nomiya que le groupe connu ses premières heures de gloires avec l’émergence du Shibuya-Kei et l’album This Year’s Girl en 1990

Yasuharu Konishi à gauche, K-Taro Takanami à droite et Maki Nomiya

Si les influence françaises sont surtout visuelles chez les Flipper’s Guitar, elles sont omniprésentes dans la musique des Pizzicato five
Par exemple dans le morceau  I (All About Me) issue de l’album This Year’s Girl

Baby Love Child également issu de cet album fut utilisé dans un épisode de Futurama une dizaine d’années plus tard


C’est en 1993 avec l’album Bossa Nova 2001 que les Pizzicato Five connaîtrons leur apogée au japon, l’album indé se classa 7eme dans les charts nippone.
Produit par Cornelius à peine lancé dans sa carrière de producteur, l’album codifiera le style Shibuya-Kei quelque part entre la house, la bossa nova, le disco et les yéyés.


Sophisticated Catchy de l’album Bossa Nova 2001, un terme qui colle parfaitement au mouvement.

L’année suivante le groupe s’exportera au état-unis avec la compilation Made in USA qui se vendra à 200.000 exemplaire à travers le monde.
K-Taro Takanami quitta le groupe peu de temps après et c’est sous la forme d’un duo que le groupe commença une tournée international.
En 1997 les pizzicato 5 sortent pour la première fois  un album inchangé au japon et en occident, Happy End Of The World 

Beaucoup connaissent surement le morceau Mon Amour Tokyo issu de cet album, il accompagnait l’un des nombreux AMV de l’age d’or de game one qui occupaient l’espace entre un level one et une game zone.

1997 est aussi l’année ou Cornelius sort l’album Fantasma
L’album est souvent cité comme étant la pépite du mouvement
Il represente en effet parfaitement la facette originel du mouvement, celle du rat de music-store, cherchant ce qu’il-y-a de bon a prendre partout sans se soucier du style.

Avec Cornelius et les Pizzicato 5 le Shibuya-Kei joui alors d’une assez grande popularité à travers le monde que ce soit chez les fans du japon ou du côté des adeptes de musiques indés.
Ironiquement pour un mouvement nés du rejet de la j-pop, les médias spécialisés occidentaux parleront alors de la Japanese-pop explosion.

Les Pizzicato 5 se séparent en 2001 après la sortie d’un dernier album ça et là du Japon
C’est également cette année la que Cornelius sort l’album Point avant une pause musicale de 5 ans.

Les années 2000 sonne le glas du mouvement, le style étant repris partout, servant plus d’alibi branchouille à l’instar des grosses lunettes sans verre de nos hipsters que d’une réelle revendication culturelle.

Le mouvement n’est plus une contestation du système mais en fait partie intégrante.
Pour autant, il aura permis d’instaurer une alternative à la J-pop dans l’industrie musicale japonaise.

D’autres artistes ont marqués le mouvement comme Kahimi Karie ou Fantastic Plastic Machine et de nombreux groupes continuent de s’en revendiquer comme Capsule ou Perfume, Mais nous verrons ça en partie 2.
Sans oublier de parler de la suite de la carrière de Cornelius, appelé souvent le Beck japonais, qui collaborera d’ailleurs avec lui sur laB.O. de Scott Pilgrim.

Ps : Je suis personnellement un gros fan d’Opening, notamment des années 90 alors n’y voyez aucunes attaques.
Je pense qu’on a tout a fait le droit d’écouter de la soupe d’y prendre son pied sans oublier que beaucoup d’opening sont d’excellentes qualités.

Source
http://neojaponisme.com/2004/11/15/the-legacy-of-shibuya-kei-part-one/
Beaucoup d’info on été tirées de ce dossier en 6 parties, en anglais et un peu indigeste car remplis de références un peu obscures mais parfait si vous souhaitez approfondir le sujet.

http://en.wikipedia.org/wiki/J-pop
Sur les influences américaines de la j-pop principalement

http://aldric.over-blog.org/article-2082974.html
http://www.nautiljon.com/people/pizzicato+five.html
http://imomus.com/jpop.html
http://en.wikipedia.org/wiki/Cornelius_(musician)
http://en.wikipedia.org/wiki/Pizzicato_Five
http://www.j-truc.com/2009/07/19/cornelius/
http://francetrotting.canalblog.com/archives/2010/09/21/19126195.html

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